Jeanne Nzuzi se réjouit du thème de l’édition 2019 qui rejoint le combat de la CONAFED

Comme chaque année, le 08 mars courant, l’hu­manité commémorera la « Journée internationale de la femme », et tout ce mois de mars est consacré à la femme, d’où l’appellation du « mois de la femme ». Au ni­veau international, le thème retenu pour cette édition 2019 est : « Pensez équita­blement, bâtir intelligemment, innover pour le changement dans les domaines des sys­tèmes de protection social, d’accès aux services pu­blics et la construction d’in­frastructures durables ».

Quant au thème national pour la République démocratique du Congo, il est formulé comme suit : « Ensemble, promouvoir la paix, la sécurité et le genre par l’accès aux services publics de qualité ». Pour Mme Jeanne Nzuzi Samba, la secrétaire permanente du Comité natio­nal Femme et Développement (CONAFED), ce thème vient seulement rejoindre le com­bat de tous les jours que mène cette organisation féminine de la Société civile de la Rd Congo.

« Notre pays vient de sortir d’une crise. Et cette crise a en­levé la paix sur toute l’étendue de la Rdc. Vous savez que les cas des violences sexuelles ont augmenté au niveau de la Rdc à cause du manque de paix. Les femmes sont celles qui sont les plus exposées par rapport au phénomène « violence sexuelle », a-t-elle indiqué lors de son interview accordée à la presse.

Cette pionnière des droits de la femme en Rdc et experte congolaise en genre a fait savoir que les violences sexuelles ont un impact considérable et réel aux activités des femmes. « Si les femmes ne produisent pas ; si les femmes manquent la paix ; si les femmes ne peuvent pas vaquer à leurs occupations, que ça soit au niveau de l’Adminis­tration publique, de la produc­tion agricole, ou de la transfor­mation, commercialisation des produits, nous savons que les familles ne vont pas aussi bé­néficier du travail de la femme et le développement sera de plus en plus lent. Raison pour laquelle, le domaine de paix et de sécurité nous intéresse au plus haut degré, et aussi le domaine d’accès aux services publics de qualité », a-t-elle dit.

Elle a également démontré que les hommes et les femmes ont des besoins spécifiques. Des besoins qui sont liés à leur état d’être homme ou femme.

« Quand nous donnons des formations en genre, nous ex­pliquons que le genre est trans­versal. Le genre touche même le domaine de réhabilitation des in­frastructures socioéconomiques de base. Aujourd’hui, il est prou­vé qu’on ne peut pas construire un immeuble sans mettre des allées pour les personnes vivant avec handicap. Parce que nous considérons que le genre c’est aussi la prise en compte d’autres catégories des vulnérables. Les personnes vivant avec handicap ont des difficultés pour accéder aux escaliers. Il faut des entrées qui leur permettent de monter dans un immeuble. Et aussi par rapport aux installations hygié­niques, on ne peut pas avoir les mêmes toilettes pour les hommes et femmes. Puisque les femmes ont des besoins spé­cifiques qui sont différents de ceux des hommes. Donc, il faut des installations hygiéniques qui répondent aux caractéris­tiques et aux besoins spéci­fiques des femmes. Aussi par rapport à l’accès aux services publics, l’on a remarqué que la femme a aussi besoin des ser­vices adaptés pour exacerber les cas de violence sexuelle », a expliqué Mme Jeanne Nzuzi.

Se basant du programme de son organisation la CONAFED mis en oeuvre dans la com­mune de Kisenso au Nord-Est de la ville de Kinshasa, elle affirme que des femmes n’ont pas accès à l’eau potable, n’ont pas accès à un service renforcé pour la sécurité, n’ont pas accès à l’électricité, ainsi qu’à d’autres services. Et elles font face à tant de problèmes.

« Les femmes vont très loin pour puiser de l’eau ; les femmes circulent dans des mi­lieux où il y a des érosions ; les femmes circulent dans des milieux qui ne sont pas suffi­samment éclairés. Elles se sont exposées à la merci du phé­nomène Kuluna. Raison pour laquelle, nous nous sommes investis dès aujourd’hui, avec les plaidoyers que les femmes et les jeunes avaient faits, il y a la Banque mondiale qui va s’investir dans la commune de Kisenso, pour réhabiliter les infrastructures, construire des routes, lutter contre les éro­sions. Et en ce moment-là, nous allons nous dire, comme il y a de l’électricité, comme on a lut­té contre les érosions qui ser­vaient des cachettes pour les kuluna, nous avons contribué un peu à la réduction sensible des violences sexuelles. Voilà pourquoi nous disons que ce thème est venu rejoindre ce que nous sommes en train de faire. Et cela nous encourage pour que cette lutte soit une lutte pour nous », a-t-elle déclaré.

Selon la secrétaire permanente du CONAFED, on ne peut pas faire du développement sans la paix. Et, le monde entier, les na­tions militent pour qu’il y ait une paix durable, a-t-elle renchérit. Et d’ajouter que la paix durable demande un investissement.

« On ne peut pas parler de la paix aujourd’hui, et se dire qu’on ne peut pas préparer le lendemain. Si nous voulons qu’il y ait la paix de façon permanente, nous de­vons investir. Nous sommes un pays post-conflit. Par-ci, par-là, il y a encore des tensions. On doit continuer à sensibiliser nos communautés pour une cohabi­tation pacifique, afin que le dé­veloppement aussi soit effectif dans nos milieux », soutient-elle.

Propos recueillis par Lepetit Baende /Groupe L'Avenir